Après la Suède, l’Arabie Saoudite en bisbille avec le Canada

L’affaire Raif Badawi n’en finit pas de susciter de nombreuses condamnations de l’Arabie Saoudite, qui a mis en branle son service des relations étrangères pour prévenir toute nouvelle critique d’un système judiciaire inégal, archaïque et considéré comme attentant aux droits de l’Homme. Après le clash avec la Suède, c’est au tour du Canada d’être indirectement menacé de représailles diplomatiques s’il décidait à son tour de critiquer le système judiciaire saoudien qui, rappelons-le, est directement basé sur la Charia, la loi coranique. Au cœur de ces critiques donc, l’affaire Raif Badawi, ce blogueur saoudien progressiste, ayant écrit sur son blog que « musulmans, chrétiens, juifs et athées sont tous égaux », condamné par la justice saoudienne à dix ans de prison, 1 000 coups de fouet, distribués en vingt séances hebdomadaires de flagellation, une amende d’un million de ryals (266 000 dollars) et une interdiction de voyage de dix ans à l’expiration de sa peine de prison. Tout cela pour insulte à l’Islam. Par la suite, son avocat a été condamné à 15 ans de prison pour une sorte de crime de lèse-majesté. Cette condamnation a été vivement condamnée par la communauté internationale et a fait l’objet d’un grand nombre de manifestations de soutien dans les pays occidentaux.

Raif Badawi, blogueur condamné par la justice saoudienne

Cette condamnation, parmi d’autres, a d’ores et déjà provoqué une décision de principe, bien plus que pour sa dimension politique : le non-renouvellement d’un accord de coopération militaire entre la Suède et l’Arabie Saoudite, un contrat de 37 millions d’euros et donc de peu d’incidence. Mais la raison donnée à ce non-renouvellement tient, en ces temps de real-politik, d’une forme de courage : c’est clairement la politique judiciaire saoudienne, et à travers elle le sort de Raif Badawi, qui est remis en cause par la Suède et qui a donc débouché sur le non-renouvellement du contrat de coopération. La Ministre des Affaires Étrangères suédoise, Margot Wallström – diantre, une femme ! -, féministe engagée, avait alors dénoncé les « méthode moyenâgeuses » de la justice saoudienne et qu’elle voyait dans ce non-renouvellement « un symbole pour ce que nous défendons en tant que gouvernement, il s’agit de développement démocratique, de parité et des droits des femmes». Ce qui a fortement déplu à l’Arabie Saoudite qui a empêché la ministre de tenir un discours devant la Ligue Arabe au Caire et a rappelé son ambassadeur à Stockholm, en s’empressant de dénoncer «une ingérence flagrante dans les affaires intérieures du royaume». Nous serions bien aise d’attendre du gouvernement français, si à cheval sur les droits de l’homme, une telle prise de position courageuse sur le régime saoudien, voire qatari.

Margot Wallström, ministre suédoise des Affaires étrangères

Margot Wallström, ministre suédoise des Affaires étrangères

Mais l’Arabie Saoudite ne s’est pas arrêtée là. Ainsi, l’ambassadeur saoudien au Canada Naif Bin Bandir Al-Sudairy a envoyé une lettre datée du 10 mars à l’assemblée nationale du Québec – où sont réfugiés les membres de la famille de Raif – leur demandant de ne pas interférer dans la gestion du cas Badawi. Un grand nombre de politiciens québecois avaient publiquement dénoncé la condamnation de Raif et avaient voté en février à l’unanimité une motion condamnant la décision de la justice saoudienne. A l’époque, l’Arabie Saoudite s’était défendue en assurant, sans rire, que « la Charia, étant basée sur les lois coraniques, garantit les droits humains et assure l’égalité devant la justice ». Défense que les autorités saoudiennes ont réitéré dans leur lettre aux députés québecois. Une pression de plus pour essayer de faire taire les critiques diffuses sur un modèle dont il est difficile de mettre en doute le caractère humaniste, ce modèle étant fondé sur la loi coranique, donc divine. Malgré ces pressions, les députés québecois n’ont pas changé de position, la ministre de l’immigration au Québec ayant annoncé que son gouvernement continuerai de défendre la cause de Raif Badawi. en affirmant qu’il y avait dans cette affaire un manquement total aux droits de l’Homme.

Pour signer la pétition demandant la libération de Raif Badawi, c’est ici : https://www.change.org/p/free-and-safeguard-the-liberal-saudi-raif-badawy-no-600-lashes

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Une réflexion sur “Après la Suède, l’Arabie Saoudite en bisbille avec le Canada

  1. Pingback: La condamnation de Raif Badawi pour « insulte à l’Islam  confirmée par la cour supême saoudienne | «Crissement athée

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