Ahmed Arqan et Ibrahim Issa : deux véhémentes critiques égyptiennes de l’Islam

Je me permets ici de reprendre conjointement deux articles de blog paru sur l’excellent blog https://aslamtaslam.wordpress.com. Ils traitent d’abord du débat s’étant déroulé sur une chaîne égyptienne entre Ahmed Arqan, défenseur des droits de l’Homme en Egypte et Cheikh Zaid Sayyed Membre du Comité de la Fatwa d’Al-Azhar, débat houleux, puis d’une diatribe du présentateur égyptien Ibrahim Issa. Les deux articles ont pour sujet les nombreux points de convergence entre l’État Islamique, le texte coranique et la vie prophétique. Une sorte de remise en cause catégorique de l’adage qui voudrait que l’EL ce n’est pas l’Islam, ce n’est pas le Coran.

coran

Dans une interview télévisée du 27 octobre 2014, le militant égyptien pour les droits de l’Homme Ahmad Harqan explique pourquoi il est devenu athée. Il affirme que l’islam est une « religion dure », pratiquée par l’Etat islamique [EI] et Boko Haram. Ils font « ce que le Prophète Mahomet et ses compagnons faisaient », déclare Harqan. Selon les rapports des médias, Harqan et sa femme enceinte ont survécu à une tentative d’assassinat le 25 octobre, et quand ils se sont rendus à la police pour déposer plainte, ils ont été retenus pour manque de respect à l’islam. Extraits de l’émission, diffusée sur Al-Kahera Wal-Nas TV :

Ahmad Harqan : Je ne crois pas en l’existence de Dieu. Je ne voulais pas devenir athée et quitter l’islam, mais ayant vécu 27 années de ma vie dans cette religion, j’ai décidé que je ne pouvais pas continuer à [y adhérer].

Chacun peut arriver à la même conclusion, s’il est autorisé à réfléchir sur la question librement. Mais la réalité est que les gens sont privés de la possibilité de prendre cette décision. Ils ne sont pas autorisés à penser de façon critique sur la religion.

L’islam est une religion très dure, et ce que fait l’EI aujourd’hui est, peut-être, une manifestation physique de cette religion.

[…]

Ahmad Harqan

Ahmad Harqan

Les textes coraniques sont limpides. Lorsque le Coran dit « frappez-leur la nuque », il est très clair. Quand il dit : « Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui n’interdisent pas ce qu’Allah et Son messager ont interdit et qui ne professent pas la religion de la vérité de ceux qui ont reçu le Livre, jusqu’à ce qu’ils acceptent de payer la jizya après s’être humiliés », il est très clair, et l’EI le comprend et l’applique en Irak, en Syrie et ailleurs.

Boko Haram l’applique également quand il capture des femmes. C’est ce que le Prophète Mahomet et ses compagnons faisaient.

[…]

Membre du Comité de la Fatwa d’Al-Azhar Cheikh Zaid Sayyed : Je vous respecte en tant que personne, Ahmad, mais ce que vous venez de dire n’est pas digne de respect, même si je crois en la liberté d’expression et en la liberté de croyance. « Quiconque le veut, qu’il croie, et quiconque le veut, qu’il mécroie ».

L’Égypte abrite des bahaïs, des ahmadis, des communistes, des marxistes, des adorateurs de Satan, des homosexuels… L’Égypte les accepte tous parce qu’elle est la mère de toutes les cultures et religions, même si certaines personnes le nient.

[…]

Quand vous dites que « l’EI est comme Mahomet », et que l’islam est « une religion criminelle »…

Cheikh Zaid Sayyed

Cheikh Zaid Sayyed

Ahmad Harqan : J’affirme que c’est une religion criminelle, et que le Coran est rempli d’enseignements qui incitent à la haine et au meurtre.

Cheikh Zaid Sayyed : Tout d’abord, qui dit que l’EI est un groupe islamique ? Il y a une semaine, les médias américains ont déclaré que le chef de l’EI, Abu Bakr Al-Baghdadi – qui n’a rien à voir avec l’islam – est d’origine israélienne. C’est une manigance du Mossad. L’Amérique l’a dit, pas moi.

Ahmad Harqan : Je sais que c’est faux parce certains de mes anciens amis ont rejoint l’EI.

[…]

Deuxième article :

Ibrahim Issa, présentateur et journaliste égyptien, s’est exprimé sur l’état islamique le 3 février 2015 :

« Chaque fois que l’Etat islamique (EI) commet des actes de barbarie, tels que décapiter, égorger ou brûler vive une personne, comme ils l’ont fait aujourd’hui, différents cheikhs déclarent – lorsqu’ils prennent la peine de s’exprimer – que cela n’a rien à voir avec l’islam, que l’islam n’est pas en cause, etc. Pourtant lorsque les membres de l’EI massacrent, assassinent, violent, immolent et commettent tous ces crimes barbares, ils affirment se fonder sur la charia. Ils déclarent que leurs actes sont fondés sur un certain hadith, sur un chapitre du Coran, sur une affirmation d’Ibn Taymiyyah ou sur une source historique. Il faut dire la vérité : tout ce que dit l’EI est exact.

Cela ne devrait surprendre personne, et personne ne devrait être choqué par ce que je vais dire. Toutes les preuves et les références que l’EI apporte pour justifier ses crimes, sa barbarie et sa violence horrifiante, criminelle et condamnable… Tous les preuves et les références qu’apporte l’EI, affirmant qu’elles peuvent être trouvées dans les livres d’histoire, de jurisprudence et de droit, s’y trouvent effectivement, et celui qui dira le contraire commet un mensonge.

[…]

Ibrahim Issa

Ibrahim Issa

Lorsqu’ils tuent quelqu’un en le qualifiant d’infidèle, lorsqu’ils violent une femme, qu’ils tuent des prisonniers et qu’ils massacrent et décapitent des gens, ils disent que le Prophète Mohammed leur a ordonné ! Dans quel contexte ? Quelle interprétation ? C’est une tout autre histoire. Aucun des [cheikhs d’Al-Ahzar] qui prétendent être modérés et qui ont demandé au président Al-Sisi de modifier le discours religieux n’ont eu le courage – pas une once de courage – de reconnaître que ces choses se trouvent effectivement [dans les sources islamiques] et qu’elles sont [moralement] erronées. Lorsqu’on prétend qu’un certain Compagnon du Prophète a fait ceci ou cela, vous devez répondre qu’il était moralement dans l’erreur. J’aimerais bien voir un seul cheikh d’Al-Ahzar avoir le courage de reconnaître qu’Abou Bakr a brûlé vif un homme. C’est vrai. Il a brûlé Fuja’ah [Al-Sulami]. C’est un épisode historique bien connu.

[…]

Abou Bakr était-il moralement dans l’erreur lorsqu’il a brûlé vif cet homme ? Personne n’ose le dire. Aussi nous sommes dans un cercle vicieux, et on peut s’attendre à de nouvelles barbaries, car toute cette barbarie est sacrée. Elle est sacrée. Cette barbarie se drape dans la religion. Elle est immergée dans la religion. Elle se fonde uniquement sur la religion. Votre mission [de chefs religieux] est d’affirmer que si cela fait partie de notre religion, alors c’est que l’interprétation est fausse. Ne dites pas que l’islam n’a rien à voir avec cela. »

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