Le ministre marocain de la santé favorable à une libéralisation de l’avortement

Le ministre marocain de la Santé se dit favorable à une libéralisation de l’avortement, qui fait débat dans le royaume, estimant que la femme « devrait disposer de son corps », dans un entretien à l’hebdomadaire Tel Quel de vendredi.

Le fléau que constituent les centaines d’avortements clandestins pratiqués chaque jour au Maroc a resurgi dans l’actualité en début d’année, entraînant un profond débat dans l’opinion.
Le roi Mohammed VI doit prochainement étudier les propositions émises à sa demande par les ministères de la Justice et des Affaires islamiques ainsi que par le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH).

« Je suis médecin et citoyen avant tout. Pour moi, la femme devrait disposer de son corps », estime pour sa part le ministre de la Santé, El Hossein Louardi, dans Tel Quel. « Selon moi, il faut absolument légaliser l’avortement, car ce n’est pas uniquement une question médicale mais également sociale », poursuit-il.
En guise d’argumentaire, M. Louardi évoque le cas d’une « femme démunie » tombant « enceinte d’un enfant dont elle n’a pas les moyens de s’occuper ». « Comment va-t-elle s’en sortir? Elle doit avoir le droit de décider », avance-t-il.

Le ministre de la santé marocain El Hossein El Ouardi

Le ministre de la santé marocain El Hossein El Ouardi


Réagissant en mars à des sanctions prises contre une figure de proue de la lutte contre l’avortement clandestin -pour sa participation controversée à un reportage d’une chaîne française-, le ministre s’était dit « très favorable » à l’ouverture d’un débat.
Intervenant lors d’un débat national organisé à Rabat, il avait par la suite indiqué défendre « fermement la révision urgente de la loi sur l’avortement dans au moins trois cas: l’inceste, le viol et les malformations fœtales ».

Dans un pays de 34 millions d’habitants où modernité et conservatisme religieux se côtoient et où les relations hors mariage restent interdites, l’interruption volontaire de grossesse (IVG) est actuellement passible de un à cinq ans de prison ferme.
Bien qu’aucun chiffre officiel n’existe, des associations estiment qu’entre 600 et 800 avortements clandestins sont pratiqués chaque jour, dans des conditions sanitaires parfois désastreuses.
Dans le même temps, les grossesses non désirées renforcent le phénomène des « mères célibataires » et l’abandon d’enfants -jusqu’à 150 par jour affirment des ONG.

Par l’AFP

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