Le Vatican tente de se racheter une image en créant un tribunal pour juger les évêques ayant couvert des faits de pédophilie

Le Saint-Siège s’active peu à peu et lentement sur le front de la pédophilie dans le clergé. Les différents scandales mis en lumière ces dix dernières années, en chaque coins du globe, ont largement remis en question le crédit moral dont pouvait jouir l’Église. Le pape François a donc annoncé aujourd’hui la création d’une instance judiciaire chargée de juger les évêques ayant protégé des membres du clergé fautifs ou ayant volontairement couvert leurs agissements. Les évêques pourront être jugés pour « manquement à leur devoir professionnel » par cette « nouvelle instance judiciaire à l’intérieur de la Congrégation pour la doctrine de la foi ». Les associations d’anciennes victimes de prêtres pédophiles réclamaient depuis longtemps que le fait pour un évêque d’avoir couvert les abus sur mineurs par des prêtres de son diocèse soit un délit reconnu et puni par le Vatican. Le Vatican avait déjà renforcé depuis 2001 les prérogatives judiciaires de la Congrégation de la foi concernant les cas de pédophilie, obligeant déjà les évêques à faire remonter à Rome les manquements constatés à la bienséance cléricale. Si Benoît XVI avait participé à une réelle prise de conscience de la gravité et de la banalité de ces faits, le pape François a poursuivit sur cette voie en demandant officiellement pardon à toutes les victimes du ‘ »péché d’omissions » des hauts-responsables du clergé en juillet 2014.

Le pape François

Le pape François

Malgré ce signe de bonne volonté, l’Église continue de se heurter à une omerta toujours en vigueur au sein du clergé, comme nous l’avons évoqué avec le cas de la nomination de l’évêque Juan Barros au Chili, ou encore les accusations persistantes contre l’évêque George Pell. Entre la justice vaticane et la justice pénale séculière, il reste encore un écart qui n’est pas toujours franchi, et les accusations concernant des yeux toujours mi-clos du Vatican face à la pédophilie persistent. Lorsque des cas se manifestent, l’Église continue le plus souvent de nier jusqu’à ce que preuves soient établies, sans recourir à des sanctions préalables ou des mises à l’écart, mais pratiquant le plus souvent des mutations de postes permettant aux clercs incriminés de continuer leurs méfaits. Ce n’est qu’à partir du moment où la justice ordinaire entame des procédures judiciaires que l’Église se réveille et prend des mesures de rétorsion. De plus, on pourrait penser que ce renforcement des actions possiblement intentées contre les prêtres vise à se prémunir des attaques de la justice séculaire, en préférant juger en interne ce qui devrait être de droit commun. L’exemple de l’archevêque polonais Józef Wesołowski est à ce titre fort instructif : accusé de viols de plusieurs enfants, notamment en République Dominicain où il était en poste, en possession de milliers d’images pédopornographique, le personnage avait finalement été suspendu de toute fonction cléricale et arrêté en septembre 2014 par la gendarmerie vaticane. Désormais en résidence surveillée au Vatican – qui prétexte une santé défaillante pour lui éviter tout enfermement plus coercitif -, le Vatican a toujours refusé toute extradition vers la République Dominicaine, désireuse de le juger pour ses actes. Une sorte de prison dorée pour le prélat que certains ont vu se balader tranquillement dans les rues de Rome, protégé par l’État du Vatican.

L'ancien archevêque Józef Wesołowski, accusé de multiples viols sur enfants

L’ancien archevêque Józef Wesołowski, accusé de multiples viols sur enfants

Nous pourrions aussi citer le cas de Monseigneur William J. Lynn, évêque de Philadelphie, condamné à 6 ans de prison, pour avoir caché un vaste réseau pédophile dans le clergé de son évêché, et dont la défense a été payée, grassement, par le Vatican lui-même. Pas vraiment un signe encourageant concernant la mise en cause des évêques en situation de culpabilité. Les Nations-Unies elles-mêmes avaient sévèrement critiqué le silence de l’Église et des évêques devant les abus sur enfants et avaient demandé au Vatican de prendre de réelles mesures pour aider à la sanction des responsables. Pas sûr que ce tribunal de l’Église soit suffisant à endiguer un phénomène si vaste qu’il devrait interroger sur les raisons profondes de la foi en cette institution.

William J. Lynn, évêque de Philadelphie, condamné pour avoir couvert des faits de pédophilie

William J. Lynn, évêque de Philadelphie, condamné pour avoir couvert des faits de pédophilie

Publicités

4 réflexions sur “Le Vatican tente de se racheter une image en créant un tribunal pour juger les évêques ayant couvert des faits de pédophilie

  1. Pingback: Chili : l’archevêque local a essayé d’entraver l’enquête vaticane sur l’affaire Fernando Karadima | Crissement athée

  2. Pingback: Un archevêque brésilien démis de ses fonctions après des dépenses somptuaires | Crissement athée

  3. Pingback: Démission de l’évêque mexicain Gonzalo Galvan Castillo, soupçonné d’avoir couvert un cas de pédophilie | Crissement athée

  4. Pingback: L’archevêque John Nienstedt, fortement soupçonné d’avoir couvert des faits de pédophilie, démissionne | Crissement athée

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s