« Dieu n’en a pas fini avec l’Amérique »: la surenchère religieuse des candidats républicains à la présidence

C’est un record. Dix-sept candidats sont candidats à l’investiture républicaine pour l’élection présidentielle de novembre 2016. Toute la diversité américaine y est représentée: y concourront, au printemps prochain, des blancs, des latinos, un noir et une femme. Dans cet incroyable éclatement, une permanence: tous les candidats sont chrétiens, et fiers de l’être, catholiques ou, le plus souvent, protestants d’un des nombreux cultes pratiqués en Amérique du Nord.  Aucun musulman. Pas de juif. Pas davantage d’athée ou d’agnostique. Les républicains jouent à qui sera le plus pieux. Malheur à celui qui soutient trop explicitement le mariage gay ou le droit à l’avortement: l’opinion conservatrice, que veut rassembler le « Great Old Party », est très mobilisée sur ces questions.  Chaque candidat s’affiche avec Dieu. Qui n’en demandait sans doute pas tant.

Jeb Bush

Jeb Bush

Comme son grand-père, comme son père, comme sa mère et comme son frère, Jeb Bush est républicain. Il est chrétien, comme eux aussi. Mais différemment. Le grand-père était catholique. George Herbert est épiscopalien. Barbara est presbytérienne. George W. est un épiscopalien born-again. Jeb, lui, s’est converti au catholicisme, notamment pour pouvoir convoler avec son épouse colombienne. La Floride, dont il a été gouverneur, compte de très nombreux électeurs latinos, donc catholiques. On l’a taxé à ce titre d’opportunisme. D’ailleurs, Jeb estime que les convictions religieuses ne doivent pas déterminer les choix politiques. Sauf sur l’avortement, car Jeb est, dit-il, «  le gouverneur le plus farouchement pro-life de l’histoire contemporaine « . Pro-life, d’accord. Mais pour la peine de mort tout de même. Il trouve le pape François cool. Mais pas quand il s’occupe de réchauffement climatique…

Ben Carson

Ben Carson

Ben Carson est neurochirurgien et noir. Il est le fils d’un pasteur adventiste du septième jour. Pour lui, le samedi est un jour férié. Il considère l’homosexualité comme « un choix » et une « bestialité« . La preuve, c’est que « beaucoup de gens arrivent en prison en étant hétérosexuels, et en sortent homosexuels« . Mais il s’en est excusé.

Chris Christie

Chris Christie

Chris Christie, enfant, allait chaque jour avec sa grand-mère sicilienne à la messe. Il est donc catholique. Il a douté, un temps. Mais juste un peu, parce que ses prières à Jésus n’ont pas marché, à l’école primaire, quand il espérait de bonnes notes à un examen. Il est revenu de cet agnosticisme, grâce à sa grand-mère et à…Bruce Springsteen. Il milite contre l’avortement, contre le mariage homosexuel, et a inscrit ses quatre enfants dans des écoles privées catholiques, alors même que, gouverneur du New Jersey, il sabrait terriblement dans le budget de l’enseignement public. Il est  » pour la vie « , y compris celle des condamnés à mort.

Ted Cruz

Ted Cruz

Le papa du Texan Ted Cruz est cubain d’origine. Et pasteur. Lui est baptiste du Sud, une église née d’une scission, au dix-neuvième siècle, sur la question de l’esclavage –elle y était favorable. Les baptistes du sud pratiquent, notamment, le baptême par immersion. Ted Cruz, lui, baigne dans le christianisme. C’est que, comme il dit,  » Dieu n’en a pas encore fini avec l’Amérique « .

Carly Fiorina

Carly Fiorina

Carly Fiorina est la dangereuse subversive de la course. Elle a été élevée dans le culte épiscopalien, mais est décrite comme une « pratiquante irrégulière« . Elle n’en est pas moins farouchement anti-avortement –sauf en cas d’inceste et de viol, mais jamais aux frais du contribuable-, et ne manque jamais de rappeler que deux hommes l’ont aidée à traverser les dures épreuves de son existence (le décès d’une fille, et un cancer du sein) : son mari. Et bien sûr Jésus-Christ. « Je suis certaine que je ne m’en serais pas sortie sans cette relation personnelle avec Jésus« . Merci pour lui.

Jim Gilmore

Jim Gilmore

Jim Gilmore, ancien gouverneur de Virginie, est membre de l’Église méthodiste unifiée –comme Hillary Clinton. Sa maman en administrait une des paroisses. Il a instauré un moment de prière et de recueillement obligatoire au début de chaque jour d’école. On ne l’a jamais tant vu en colère que lorsque Barack Obama a qualifié les Croisades, l’Inquisition et l’esclavage comme  » des actes terribles commis au nom du Christ « . Obama en est devenu  » le président le plus offensant «  qu’il a jamais connu, en plus d’un promoteur de l’État islamique. Subtil.

 

Lindsey Graham

Lindsey Graham

Lindsey Graham est baptiste du Sud.

  1. Il considère que l’Etat doit être rigoureusement séparé des églises.
  2. En 2004, il a introduit une proposition de loi visant obliger les fonctionnaires à reconnaître Dieu comme la source souveraine de toute loi.
  3. Il appelle les Etats-Unis à ne jamais tourner le dos à Israël. « Car alors c’est Dieu qui nous tournerait le dos« .

Cherchez l’erreur. Plusieurs réponses sont possibles.

 

Mike Huckabee

Mike Huckabee

Mike Huckabee a été pasteur baptiste avant de devenir gouverneur de l’Arkansas. Il est le favori des chrétiens évangéliques. Pour lui, convaincre un chrétien d’accepter le mariage homosexuel, c’est comme « obliger un juif à servir des roulades de lard dans son épicerie« . Aussi fin qu’une épicerie juive.

 

Bobby Jindal

Bobby Jindal

Les parents de Bobby Jindal étaient indiens (d’Inde, pas d’Amérique). Il est donc né hindou. Mais il a commencé à s’intéresser au catholicisme lorsqu’un camarade de classe lui a expliqué qu’il risquait d’aller en enfer, et l’a définitivement adopté lorsqu’adolescent une fille qu’il lorgnait l’a invité à l’église. Il en est devenu plus catholique que le pape. Il est même créationniste, quoique diplômé en biologie.

 

John Kasich

John Kasich

John Kasich était enfant de chœur, et a grandi dans la foi catholique. Il l’a quittée, mais pas pour aller très loin, car il est désormais membre de l’Église anglicane d’Amérique du Nord. Son retour en grâces divines s’est décidé le jour, dramatique, où ses parents se sont tués en voiture, par faute d’un conducteur ivre. Deux fois par semaine depuis, il assiste à des lectures collectives de la Bible, en plus des offices. Il les prend au pied de la lettre. « Il y a vraiment eu une arche, et Noé a vraiment accompli sa mission« , dit-il notamment. Grand connaisseur de l’actualité du Moyen-Orient, donc. Il est évidemment défavorable au mariage homosexuel, mais estime, depuis que la Cour Suprême l’a définitivement autorisé, que les chrétiens doivent « passer à autre chose« .

 

George Pataki

George Pataki

George Pataki, trois fois gouverneur de l’État de New York, est catholique, mais il est bien plus libéral que ses camarades et/ou coreligionnaires sur la question de l’avortement. Il n’est pas réputé pour la profondeur de son sentiment religieux, ni pour sa sincérité. C’est lui qui a refusé qu’une mosquée s’installe dans les parages de Ground Zero. Il garde toujours sur lui un billet d’un dollar dédicacé par un rabbin loubavitch.

 

Rand Paul

Rand Paul

Rand Paul a été élevé dans la foi épiscopalienne, mais il a plus tard rejoint les presbytériens, après un long et tortueux chemin.  » J’ai été sauvé plusieurs fois  » dit-il, tout en concédant  » ne pas être complètement libéré du doute « . Il a une solution pour réconcilier les républicains avec le mariage homosexuel : le privatiser.  » Ce n’est pas à l’État de s’en occuper « , dit ce libertarien.

 

Rick Perry

Rick Perry

Rick Perry était démocrate, dans les années quatre-vingt. Il est ensuite devenu républicain, et gouverneur du Texas. Il est méthodiste, mais assiste aux offices d’une méga-église évangéliste à Austin. Et méthodique : il a imposé aux femmes qui désiraient pratiquer l’avortement de regarder l’échographie du fœtus et d’écouter ses battements de cœur. Ce défenseur acharné du droit à la vie à fait exécuter plus de 230 condamnés à mort.

 

Marco Rubio

Marco Rubio

Marco Rubio est religieusement exigeant. Il est né de parents cubains, donc catholiques. Il a ensuite été mormon, puis baptiste, puis est revenu au catholicisme. En fait, il voudrait une église qui cumule « à la fois un message religieux contemporain et puissant, et le vrai corps et le vrai sang du Christ« . Mais de toute façon, comme il dit, « la foi en notre Créateur est la plus importante de toutes les valeurs américaines« , et il dénonce l’intolérance dont, aux Etats-Unis, les chrétiens seraient victimes. Oui, vous avez bien lu. Non, la phrase qui précède ne contient aucune faute autre que de goût.

 

Rick Santorum

Rick Santorum

Son nom le prédestinait au catholicisme romain d’avant Vatican II. Rick Santorum fait dans la liturgie conservatrice. Pour lui, le mariage, c’est entre un homme et une femme,  » pas non plus entre un homme avec un enfant, ni entre un homme et un chien « La séparation de l’Église et de l’État ? Une invention communiste. « Ça me fait vomir. » Santorum, ad nauseam.

 

Donald Trump

Donald Trump

Donald Trump est un protestant presbytérien. Il collectionne les bibles. Il a un problème avec l’Islam « ce ne sont pas des Suédois qui ont abattu les tours jumelles« , a-t-il un jour dit. Un autre jour, il réclamait le certificat de naissance de Barack Obama, pour s’assurer qu’il n’était pas musulman. Sa fille, elle, est juive, convertie. « Un grand honneur pour moi aussi« , dit-il partout. Surtout dans les associations juives.

 

Scott Walker

Scott Walker

Scott Walker est le fils d’un pasteur évangéliste et diacre. Il a quitté, il y a quelques années, l’église baptiste qu’il fréquentait car elle accueillait les homosexuels. Gouverneur du Wisconsin, il a un jour été pris, par un canular, à avouer penser infiltrer des fauteurs de troubles dans des manifestations syndicales. Il a pris ça comme une mise à l’épreuve par Dieu. Manquée, certes, mais pas perdue pour autant. « Je t’ai entendu, Seigneur« , a-t-il hurlé lorsque le canular a été révélé. Ah, et c’est selon lui Jésus-Christ qui lui a fait aimer son épouse. Merci pour elle.

 

Article intégralement repris du site de la RTBF : http://www.rtbf.be/info/monde/detail_dieu-n-en-a-pas-fini-avec-l-amerique-la-surenchere-religieuse-des-candidats-republicains-a-la-presidence?id=9045806

Publicités

Une réflexion sur “« Dieu n’en a pas fini avec l’Amérique »: la surenchère religieuse des candidats républicains à la présidence

  1. Pingback: Un candidat Républicain à la présidence américaine préconise un système fiscal basé sur le nombre de péchés | Crissement athée

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s