Charlie Hebdo et Aylan Kurdi, ou quand des dessins valent mieux qu’un long discours

Charlie Hebdo, le journal satirique dont la rédaction avait été décimée par l’attentat de janvier 2015 de la part d’extrêmiste islamiste, est de nouveau sous le feu de l’actualité à cause de deux dessins portant sur le décès de l’enfant Aylan Kurdi. Cette image ayant fait le tour du monde a sonné la prise de conscience européenne d’actions urgentes à mettre en oeuvre pour essayer de solutionner au moins provisoirement cet afflux. Cette image n’est pas anodine : elle exprime une émotion directe, celle d’un enfant mort, et a été utilisée pour ce qu’elle était. Une image de désolation et de tristesse. C’est une image qui ne demande pas de décryptage véritable, c’est une image qui consterne. De fait, elle a été utilisée par l’ensemble des médias européens comme la quintessence du drame des migrants, et, sciemment ou inconsciemment, elle visait à provoquer un électrochoc dans l’opinion publique.

Dessin de Charlie Hebdo sur la mort du jeune Aylan Kurdi

Dessin de Charlie Hebdo sur la mort du jeune Aylan Kurdi

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André Comte-Sponville et le blasphème : entretien

La liberté d’expression est une liberté fondamentale. Comme toute liberté naturelle, on la voudrait absolue ; comme toute liberté socialement réglementée, elle connaît des limites. Mais pourrait-on imaginer ou réclamer une liberté d’expression sans limites ?

Il n’y a pas de liberté absolue. Même à l’état de nature, à supposer qu’il ait existé, la liberté de chacun dépend de la force dont il est capable ; elle est doublement -limitée, et par sa propre faiblesse, et par la force des autres. C’est vrai a fortiori dans un État de droit. Pas de liberté sans lois, pas de loi sans contraintes. On prend souvent l’exemple du code de la route : s’il n’existait pas, ma liberté de circuler, théoriquement plus grande, serait en pratique presque nulle. S’agissant de la liberté d’expression, c’est différent. On pourrait envisager qu’aucune loi ne la limite. Mais est-ce souhaitable ? Il faut bien interdire la diffamation, les appels au meurtre, protéger le droit d’auteur et les secrets commerciaux ou industriels… Même les Etats-Unis, où le Premier amendement garantit une liberté d’expression plus grande que chez nous, lui reconnaissent certaines limites. Idem en France, qui interdit en outre les incitations à la haine raciale ou religieuse, le négationnisme et les atteintes à la vie privée. On peut discuter le détail de ces interdits (contre le négationnisme, je ne suis pas certain qu’une loi soit la -meilleure arme), mais guère en contester le principe.

Le philosophe André Comte-Sponville

Le philosophe André Comte-Sponville

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L’Arabie Saoudite appelle la communauté internationale à interdire toute critique de la religion

L’Arabie Saoudite a officiellement appelé la communauté internationale à interdire toute critique de la religion, c’est-à-dire à remettre au goût du jour les lois anti-blasphème. C’est lors d’un symposium sur la couverture médiatique des symboles religieux au vu de la loi internationale, qui s’est déroulé le 25 juillet dernier, qu’Abdulmajeed Al-Omari, le chef des relations étrangères au Ministère des Affaires Islamiques du royaume s’est exprimé en ce sens : « Nous avons déjà affirmé clairement que la liberté d’expression sans limites ou restrictions mène à la violation et va à l’encontre des droits religieux et idéologiques. Cela requiert que tout le monde doit intensifier ses efforts pour criminaliser les insultes aux religions divines, aux prophètes, aux livres sacrés, aux symboles religieux et aux lieux de culte ». Selon lui, ces mesures doivent être prises pour prévenir les intolérances.

Abdulmajeed Al-Omari, le chef des relations étrangères au Ministère des Affaires Islamiques d'Arabie Saoudite

Abdulmajeed Al-Omari, le chef des relations étrangères au Ministère des Affaires Islamiques d’Arabie Saoudite

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Interview de Salman Rushdie : l’Islam, l’extrémisme, son oeuvre, la littérature…

La polémique a fait rage aux Etats-Unis après que le prestigieux Pen American Center (Pen Club), société littéraire américaine, eut décidé de décerner à Charlie Hebdo sa plus haute distinction. Refusant d’endosser une ligne critique face à l’islam, environ 200 auteurs ont signé une pétition contre la remise du prix Courage et liberté d’expression à Charlie Hebdo, et l’ont fait circuler lors du gala que vous présidiez le 5 mai. L’événement a-t-il été gâché par cette contestation inattendue?

N’exagérons pas ces protestations : nous parlons de 200 écrivains signataires de la pétition sur les 5 000 que compte le Pen Club. C’est donc un faible nombre. Gérard Biard et Jean-Baptiste Thoret, les deux personnes venues à New York pour représenter la cause de Charlie Hebdo au gala, ont été accueillis avec d’autant plus d’enthousiasme par la majorité des écrivains présents. J’ai demandé à l’écrivain Alain Mabanckou de leur remettre le prix Courage et liberté d’expression. Pour avoir vécu dans différentes cultures, j’éprouve une connivence personnelle envers ce talentueux auteur franco-congolais installé en Californie, et j’avais été touché par le texte qu’il a publié dans L’Express en ferme réponse à l’annonce du boycott ; c’est pourquoi je lui ai demandé de le répéter en anglais lors du gala. Je suis reconnaissant aussi au président de SOS Racisme, Dominique Sopo, d’avoir tenu à venir à New York pour défendre la mémoire des dessinateurs assassinés et en finir avec les accusations injustes dont ils faisaient l’objet.

Salman Rushdie

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L’Observatoire contre l’islamophobie dénonce une hausse importante d’actes dit « islamophobes »

Les actes et menaces « islamophobes » ont presque quadruplé au premier semestre 2015 par rapport à la même période l’an dernier (274 contre 72), a annoncé vendredi l’Observatoire contre l’islamophobie, qui établit un lien direct avec les attentats jihadistes de janvier. Cette composante du Conseil français du culte musulman (CFCM) établit ses chiffres sur la base des plaintes et mains courantes recensés par le ministère de l’Intérieur. « Depuis la mise en place de l’Observatoire en 2011, nous n’avons jamais vu un phénomène aussi élevé. Cette explosion ne peut s’expliquer que par les actes terroristes commis depuis janvier, lesquels ne peuvent justifier la haine à l’égard de musulmans qui ne sont ni responsables ni coupables de tels crimes », a déclaré à l’AFP le président de l’Observatoire, Abdallah Zekri.

Abdallah Zekri, directeur de l'Observatoire contre l'islamophobie

Abdallah Zekri, directeur de l’Observatoire contre l’islamophobie

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Il est où le vrai islam ? A propos du massacre de Sousse, par Mohamed Kacimi

Nous reproposons ici un texte écrit par le dramaturge algérien Mohamed Kacimi, paru au lendemain des attentats de Sousse sur la plate-forme participative chouf-chouf.com. Ce texte revient sur ce qui est au cœur de ces attentats et sur les raisons véritables, essentielles, concernant les origines de ceux-ci. Kacimi appelle à cesser de trouver des excuses à la violence intrinsèque à l’Islam, jugeant que le premier terrorisme se trouve dans les écoles-mêmes et leur enseignement.

Mohamed Kacimi, dramaturge algérien

Mohamed Kacimi, dramaturge algérien

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Turquie : procès de deux journalistes ayant publié une caricature de Mahomet parue dans Charlie Hebdo

La justice turque a ouvert jeudi le procès de deux chroniqueurs du quotidien d’opposition Cumhuriyet, accusés d’avoir diffusé la caricature du prophète Mahomet publiée en Une de l’hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo après l’attentat du 7 janvier qui avait décimé sa rédaction. Le procureur a requis quatre ans et demi de prison contre Ceydan Karan et Hikmet Cetinkaya, poursuivis pour « incitation à la haine » et « insulte aux valeurs religieuses ». Cumhuriyet avait été le seul quotidien du monde musulman à reproduire dans son édition papier du mercredi 14 janvier deux versions réduites du numéro publié par Charlie Hebdo après l’attentat.

La journaliste turque Ceydan Karan

La journaliste turque Ceydan Karan

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Haïm Korsia, grand rabbin de France : « Le judaïsme porte les valeurs républicaines »

Face aux attentats terroristes et à la montée de la violence du groupe État islamique, Manuel Valls a parlé, le 28 juin, de « guerre de civilisation ». Partagez-vous cette vision?

Ces terroristes sont contre notre civilisation, c’est une évidence! Ils en nient les valeurs, les fondements, les principes… Il existe dans le monde différentes civilisations qui se respectent, même si elles se connaissent mal. En revanche, le groupe Etat islamique a choisi la mort, tandis que nous avons choisi la vie. De ce point de vue-là, le Premier ministre a raison: le choc est inévitable.

Au lendemain des manifestations du 11 janvier, qui ont réuni un peu partout en France environ 4 millions de personnes, vous avez déclaré: « J’ai senti que la Bastille de l’indifférence tombait. » Diriez-vous la même chose aujourd’hui?

Quelque chose de nouveau s’est produit, une ouverture. Bien sûr, on peut avoir, parfois, le sentiment de revenir à nos petits enfermements, mais il existe désormais une grande aspiration collective, qui nous oblige à agir concrètement. Ainsi, pour la première fois, les diplomates en formation ont suivi cette année un module intitulé « diplomatie et religion ». Autre exemple: à Nancy, le recteur d’académie a décidé que les aumôniers militaires des quatre cultes iraient dans les écoles évoquer la question des religions. C’est une idée formidable de confier ce travail à des fonctionnaires, dont l’engagement est d’œuvrer sans prosélytisme, dans le respect d’un cadre absolument laïque. Car la laïcité, ce n’est pas la négation du fait religieux, c’est la neutralité de l’État! J’en suis absolument convaincu: dans un cursus scolaire, il faudrait que tous les enfants aient vu au moins une fois un représentant de chaque religion, pour en connaître et en comprendre les rites. Seule la connaissance peut faire tomber les préjugés.

Haïm Korsia, le grand Rabbin de France

Haïm Korsia, le grand Rabbin de France

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Le blasphème, les religions : interview croisée de Caroline Fourest et Waleed Al-Husseini

Le blasphème existe-t-il? Si non, les croyants ne devraient-ils pas être les seuls à respecter son interdiction?

Caroline Fourest: Selon la définition du dictionnaire, il s’agit d’une parole ou d’un propos qui outrage le sacré, des gens considèrent ainsi que des idées sont sacrées et qu’on ne peut pas les questionner. On peut se rapproprier le mot de blasphème pour revendiquer le droit de bousculer ce qui est sacré, comme Charlie Hebdo.

Waleed Al-Husseini: La plupart des croyants sont en effet offensés par la critique des religions, qu’ils associent au blasphème, parfois même à tord par rapport aux sourates du Coran. Alors que l’on aurait besoin de pédagogie sur la laïcité en France, les intégristes veulent créer un délit de blasphème pour brider tout débat d’idées qui critique de la religion et ses interprétations. Si ces intégristes me traitent de Blasphémateur, c’est bien parce que le blasphème existe pour eux et que mes critiques dérangent leurs ambitions.

Caroline Fourest, journaliste et essayiste militante

Caroline Fourest, journaliste et essayiste militante

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Le Parti Socialiste s’invite au gala de soutien du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF)

C’est vendredi 29 mai que s’est tenu à Paris le gala de soutien du Collectif contre l’Islamophobie en France (CCIF). Cette association, bien connue pour sa virulence à l’égard de toute critique contre la religion musulmane et défendant la théorie d’une islamophobie nationale, avait cette année pour invités « exceptionnels » l’humoriste Yassine Belattar, maître de cérémonie, adepte d’un humour basé sur les communautés, Houria Bouteldja, des Indigènes de la République, ou encore la plus connue Rokhaya Diallo. Des invités qui, fondamentalement, représentent une certaine frange de la lutte anti-racisme et pro-communautaire, cette frange qui avait signé un très virulent appel « Pour la liberté d’expression, contre le soutien à Charlie Hebdo » en 2011, lors de la première affaire des caricatures de Mahomet, et bien avant le drame de janvier, ce qui a débouché pour beaucoup au « Oui, Charlie Hebdo a le droit de caricaturer Mahomet, MAIS… ». Une association ayant donc fait de son soutien quasi-total à l’Islam sa marque de fabrique, l’opposant à une société blanche – terme que j’emploie à dessein tant Rokhaya Diallo aime à faire cette distinction dans ses livres – qui se voudrait évidemment islamophobe par essence.

Affiche du dîner du CCIF

Affiche du dîner du CCIF

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