L’anthropologue Jean-Loïc Le Quellec s’exprime sur l’enseignement du fait religieux à l’école

Nous vous reproposons ici une excellente interview de Jean-Loïc Le Quellec, anthropologue des mondes africains au CNRS, parue dans le journal L’humanité. Il revient sur la réforme du collège et sur les critiques émises concernant l’apprentissage du fait religieux et la prééminence donnée, selon certains, à l’enseignement de l’histoire et de l’expansion de l’islam. Le Quellec pointe à merveille l’erreur de base commise par nos pédagogues, qui n’est pas de savoir si primauté doit être donné au christianisme ou à l’islam, mais bien sur la nécessité de centrer une partie des savoirs sur le fait religieux comme élément de connaissance essentiel dans notre modernité. Si, de toute évidence, il importe de connaître les religions, il faut des outils intellectuels solides pour pouvoir en juger la pertinence ou l’intérêt et une capacité critique dont la majorité des collégiens n’est pas obligatoirement encore dotée. L’erreur est donc à la base. Car, comme le dit Le Quellec, « parler de la religion en général, c’est parler d’une chose imaginaire ». Peut-être est-il bon de le répéter.

Depuis les attentats de Charlie Hebdo, des voix s’élèvent pour que soit enseigné le fait religieux. Qu’en pensez-vous ?

Jean-Loïc Le Quellec Avant de répondre, il faudrait s’entendre sur ce que signifie le fait religieux. À vrai dire, ceux qui proposent cela ne l’ont jamais vraiment défini. S’agit-il des milliers de religions qui existent dans le monde ou s’agit-il seulement des trois monothéismes, les seules religions du Livre ? Parler de fait religieux relève d’un tour de passe-passe linguistique. En utilisant cette expression, on ne parlerait donc plus de religion, on serait dans le factuel, qui ne se discute pas. Le fait religieux serait un acquis, et il ne resterait plus alors qu’à discuter de pédagogie, de la meilleure façon de l’enseigner. En réalité, cette expression n’est qu’une autre manière de dénommer la religion. Or, parler de la religion en général, c’est parler d’une chose imaginaire. C’est endosser l’héritage de mouvements comme l’histoire des religions, elle-même issue du dialogue interreligieux. Cela revient à se préoccuper d’un tout petit monde par rapport à ce que sont les religions ! Où se trouvent par exemple le chamanisme, le panthéisme, l’animisme, le totémisme ? 
Ce sont des faits religieux ou non ? Et qu’en est-il de l’athéisme ?

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