André Comte-Sponville et le blasphème : entretien

La liberté d’expression est une liberté fondamentale. Comme toute liberté naturelle, on la voudrait absolue ; comme toute liberté socialement réglementée, elle connaît des limites. Mais pourrait-on imaginer ou réclamer une liberté d’expression sans limites ?

Il n’y a pas de liberté absolue. Même à l’état de nature, à supposer qu’il ait existé, la liberté de chacun dépend de la force dont il est capable ; elle est doublement -limitée, et par sa propre faiblesse, et par la force des autres. C’est vrai a fortiori dans un État de droit. Pas de liberté sans lois, pas de loi sans contraintes. On prend souvent l’exemple du code de la route : s’il n’existait pas, ma liberté de circuler, théoriquement plus grande, serait en pratique presque nulle. S’agissant de la liberté d’expression, c’est différent. On pourrait envisager qu’aucune loi ne la limite. Mais est-ce souhaitable ? Il faut bien interdire la diffamation, les appels au meurtre, protéger le droit d’auteur et les secrets commerciaux ou industriels… Même les Etats-Unis, où le Premier amendement garantit une liberté d’expression plus grande que chez nous, lui reconnaissent certaines limites. Idem en France, qui interdit en outre les incitations à la haine raciale ou religieuse, le négationnisme et les atteintes à la vie privée. On peut discuter le détail de ces interdits (contre le négationnisme, je ne suis pas certain qu’une loi soit la -meilleure arme), mais guère en contester le principe.

Le philosophe André Comte-Sponville

Le philosophe André Comte-Sponville

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Une association interconfessionnelle allemande en défense du droit de porter des couvres-chefs religieux au travail

Une association allemande musulmane et juive, Salaam-Shalom, a organisé une manifestation interconfessionnelle la semaine dernière afin de promouvoir l’égalité des chances professionnelles pour les gens qui portent des couvres-chefs religieux. Leur slogan : « Ma tête, mon choix ». Cette manifestation, qui s’est déroulée le 14 juillet, a été tenue en réponse au fait que Betul Ulusoy, étudiante musulmane d’une école de droit, ait été interdite de participer à un stage dans les bureaux d’une société de droit des environs de Berlin. Ce stage lui a été dénié à cause de son couvre-chef. Après s’être rendue dans les bureaux pour un entretien, Ulusoy a affirmé qu’il lui avait été stipulé que son couvre-chef constituait un « problème officiel de business » qui devait être « corrigé ». Ulusoy s’est plainte sur Facebook de cet incident, tandis que le maire de la localité de Neukölln, Falko Liecke, a nié que cette décision constitue la moindre discrimination.

Des tenants de l'association Salaam-Shalom face à l'Hôtel de ville de Neukölln

Des tenants de l’association Salaam-Shalom face à l’Hôtel de ville de Neukölln

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« La nuit du ramadan » sur France 2, ou quand le service public fait l’apologie d’un mouvement religieux

C’est donc sur France 2 que sera diffusé cette année encore l’émission « La nuit du ramadan », émission dédiée à la nuit de la fin de jeûne du mois de ramadan des musulmans, l’Aïd al-Fitr. Cela fait un peu moins de dix ans que l’émission est diffusée sur le service public, sans qu’on ne comprenne la raison d’être d’une telle émission. Bien évidemment, celle-ci s’adresse à la communauté musulmane de France, qui sera réunie en famille pour célébrer la fin d’un jeûne dicté par une divinité à laquelle le service public, financé par nos impôts, semble désireux de s’adresser. La République laïque, ce qu’il en reste, continue donc de s’adresser aux individus non comme des citoyens mais comme des croyants, car cette émission est, quoi qu’on en dise, directement destinée à une communauté de la société française, les citoyens issus des pays du Maghreb ou d’Afrique sub-saharienne. Ou quand l’État considère que l’insertion de ces citoyens doit se faire par le religieux plutôt que par des valeurs civiles et laïques, ce que la réforme du collège proposée par le gouvernement avouait déjà, à mots couverts.

La nuit du Ramadan

La nuit du Ramadan

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Russie : état des lieux sur le poids de la religion orthodoxe dans les affaires du pays

Une majorité de russes veulent vivre dans un état séculier mais quasiment la moitié de la population est favorable à ce que l’Église influence la morale de la société. C’est ce qui ressort d’un sondage réalisé par l’agence VTsIOM. 64% des personnes interrogées se sont donc déclarées favorables à la séparation de l’Église et de l’État, telle qu’elle est précisée dans la constitution. Dans le sondage datant de 2006, il n’était que 54% à vouloir cette séparation. La moitié des personnes interrogées sont tout de même favorable à une influence de l’Église sur les questions morales et spirituelles, mais pas sur la politique. 32% considèrent que l’Église ne doit pas intervenir dans les affaires de la société et de l’État, 14% qu’au contraire elle devrait jouer un rôle actif dans ces sphères. Seulement 12% des personnes interrogées sont en faveur d’un rétablissement d’un État religieux, soit 1% de moins par rapport à 2006.

Vladimir Poutine et Cyrille Ier, patriarche de Moscou

Vladimir Poutine et Cyrille Ier, patriarche de Moscou

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Une assemblée très niqab lors d’une cérémonie publique dans les locaux de l’ENSTA à Brest

En matière de voile intégral, y aurait-il des intouchables ? Lundi, une trentaine d’élèves saoudiens participaient à un moment clé de leur formation, au sein de l’École nationale supérieure de techniques avancées (ENSTA-Bretagne). Dix d’entre eux recevaient leurs galons d’officiers, en présence de leurs familles venues spécialement de Riyad. Ces futurs cadres militaires saoudiens se forment dans l’Hexagone -d’autres grandes écoles en accueillent aussi- en vertu d’un accord bilatéral entre la France et le royaume arabe. Dans l’assemblée, une dizaine de femmes de leurs familles assistaient à cette cérémonie militaire -organisée dans un établissement public et où la presse était invitée- intégralement voilées : leurs visages étaient dissimulés derrière un « niqab », ne laissant apparaître que leurs yeux. Parmi les invités de cette cérémonie présidée par le préfet maritime de l’Atlantique, on comptait bon nombre de représentants civils et militaires, attachés de près ou de loin à la Direction générale de l’armement et au ministère de la Défense, les deux autorités de tutelle de l’école. Certains se sont émus de la présence de ces femmes au visage masqué, ostensiblement contrevenantes à la loi du 11 octobre 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public.
Une photo prise lors de la cérémonie

Une photo prise lors de la cérémonie

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Le président de l’UOIF, Amar Lasfar, demande que les deux grandes fêtes musulmanes deviennent fériées

Le président de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), Amar Lasfar, proche des Frères musulmans, a demandé mardi soir que les deux grandes fêtes de l’islam, l’Aïd el-Fitr et l’Aïd el-Adha, soient fériées en France. « J’aimerais que les deux grandes fêtes musulmanes soient des jours fériés dans notre pays », a déclaré Amar Lasfar, profitant de l’annonce à la grande mosquée de Paris du début du ramadan 2015, fixé à jeudi, pour faire cette demande. Le président de l’UOIF voit l’Aïd el-Fitr, la fête de la rupture du jeûne qui suit le mois de ramadan, et l’Aïd el-Kébir ou Aïd el-Adha, la grande fête ou fête du sacrifice, comme de possibles « moments de retrouvailles pour tous les citoyens ». « Nous le demandons non en tant que musulmans mais en tant que citoyens de notre pays », a souligné Amar Lasfar, évoquant une « demande légitime » en phase avec « l’importance de l’islam » (cinq millions de personnes, pratiquantes ou non) en France.

Amar Lasfar, le président de l'UOIF

Amar Lasfar, le président de l’UOIF

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Le gouvernement québecois présente son projet de loi sur la neutralité religieuse

Québec renonce à interdire les signes religieux, à l’exception du voile intégral — comme la burqa ou le niqab — qui sera banni du secteur public. Les services publics devront être offerts et reçus à visage découvert, en vertu du projet de loi sur la neutralité religieuse de l’État déposé mercredi à l’Assemblée nationale. Le gouvernement Couillard va en deça des conclusions du rapport Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables et n’interdit pas les signes religieux pour les juges et les gardiens de prison. Le tchador, ce voile sombre qui couvre le corps des femmes de la tête aux pieds à l’exception du visage, n’est pas non plus visé par les restrictions imposées par la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée. En 2014, Philippe Couillard [premier ministre du Québec et chef du gouvernement] parlait pourtant du tchador comme d’un symbole de l’oppression de la femme. Le projet de loi n’interdit pas le port de signes religieux, comme le faisait la charte des valeurs du gouvernement Marois. «On ne légifère pas sur les vêtements», a précisé la ministre. Le port du kirpan, ce petit poignard porté par les sikhs, n’est pas ciblé lui non plus par la nouvelle réglementation. Les accommodements religieux devront néanmoins respecter certaines balises, comme l’égalité homme femme.

 

Stéphanie Vallée, la ministre de la Justice du Québec

Stéphanie Vallée, la ministre de la Justice du Québec

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France: le gouvernement entame un large « dialogue » avec l’islam

Le gouvernement français organise lundi la première réunion d’une large « instance de dialogue avec l’islam de France » pour refonder la relation de l’État avec une communauté musulmane en mal de représentants et secouée par les attentats jihadistes de janvier. Entre 120 et 150 responsables de fédérations, recteurs de mosquées, imams, aumôniers, théologiens, islamologues et personnalités de la société civile, sans compter les représentants des pouvoirs publics, participeront à une demi-journée de débats au ministère de l’Intérieur. Parmi les thèmes abordés figureront la sécurité des lieux de culte et l’image parfois dégradée de l’islam – deuxième communauté confessionnelle de France, avec environ 5 millions de membres, pratiquants ou non – dans les médias et l’opinion publique. La construction et la gestion des lieux de culte musulmans (2.500 actuellement, 300 mosquées en projet) sera aussi évoquée. Comme les pratiques rituelles, la certification du halal, le nombre insuffisant d’abattoirs, les éventuels abus financiers liés au pèlerinage à la Mecque (hajj) ou le manque de carrés musulmans dans les cimetières.

Salle de prière islam

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En Alsace-Moselle, l’enseignement religieux fait de la résistance

Impensable ailleurs en France dans le secteur scolaire public, l’enseignement religieux perdure en Alsace-Moselle, une exception toutefois menacée par une récente proposition de l’Observatoire de la laïcité, qui a suggéré de rendre ces cours pleinement optionnels. « Aujourd’hui nous allons étudier la représentation du sacré à travers deux témoins, Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et Saint Benoît Labre »: nous sommes bien en 2015, dans un collège public de Metz, où une douzaine d’élèves de quatrième, attentifs, suivent leur cours de religion catholique hebdomadaire. Ce jour-là, ils sont invités par leur professeur de religion à réfléchir à des questions comme « Qu’est-ce qu’un témoin de Dieu ? » ou « Comment un pèlerin peut trouver Dieu ? » Certains paraissent incollables, notamment ceux qui suivent en parallèle des cours de catéchisme. D’autres hésitent: « Un pèlerin, c’est quelqu’un qui marche, euh… », bredouille une élève, tandis qu’une autre confond « conversion » avec « conversation ».

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Le blasphème, les religions : interview croisée de Caroline Fourest et Waleed Al-Husseini

Le blasphème existe-t-il? Si non, les croyants ne devraient-ils pas être les seuls à respecter son interdiction?

Caroline Fourest: Selon la définition du dictionnaire, il s’agit d’une parole ou d’un propos qui outrage le sacré, des gens considèrent ainsi que des idées sont sacrées et qu’on ne peut pas les questionner. On peut se rapproprier le mot de blasphème pour revendiquer le droit de bousculer ce qui est sacré, comme Charlie Hebdo.

Waleed Al-Husseini: La plupart des croyants sont en effet offensés par la critique des religions, qu’ils associent au blasphème, parfois même à tord par rapport aux sourates du Coran. Alors que l’on aurait besoin de pédagogie sur la laïcité en France, les intégristes veulent créer un délit de blasphème pour brider tout débat d’idées qui critique de la religion et ses interprétations. Si ces intégristes me traitent de Blasphémateur, c’est bien parce que le blasphème existe pour eux et que mes critiques dérangent leurs ambitions.

Caroline Fourest, journaliste et essayiste militante

Caroline Fourest, journaliste et essayiste militante

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